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Date : le 20/04/2008
Thème : Dépression saisonnière
Source : Sud Ouest
Fort avis de dépression en avril sous la pluie
Le temps qu'il fait, il vaut mieux en rire qu'en pleurer. La météo a souvent bon dos. Quand elle est mauvaise, elle est la cause de tous nos maux. En ce mois d'avril, ceux qui se sont découverts d'un fil (arrêtons là les rimes) traînent des rhumes sans foin ou (et) ont attrapé des grippes tardives. Même le plus durable des agriculteurs se plaint de cette eau qui arrive à retardement et qui ne changera rien au niveau des nappes phréatiques. La pluie de printemps est absorbée dans sa totalité par une végétation renaissante et gloutonne avant même qu'elle ait pu infiltrer la terre.
Ponts à mousson. Bref, le temps est à la morosité et, manque de bol, il pleut et il mouille même les week-ends. Pour la chasse à la grenouille ou à l'escargot, c'est la saison. Le mois a commencé sous l'eau le jour du poisson. Mais la blague a duré, pour ce qui concerne le département de la Gironde, les 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 16, 17 et 18 avril avec des pluies faibles ou plus soutenues, comme diraient saint Joël Collado ou l'ondine Évelyne Dhéliat.
À ce rythme, les ponts du joli mois de mai pourraient bien devenir des ponts à mousson. En parlant de Pont-à-Mousson, voilà une idée de destination. C'est en Lorraine. On peut s'y rendre avec ses sabots, mais plus prudemment avec ses bottes et sa parka, même si, du 7 au 25 mai, s'y déroule un tournoi de beach-volley, place Duroc (contact : volley-pam@wanadoo.fr).
La plaisanterie a assez duré. L'affaire est grave. Dépression est un mot à double sens. D'un côté, « l'abaissement de la colonne de mercure dans le baromètre, par suite d'une diminution de la pression at-mosphérique » ; de l'autre, « un état mental pathologique caractérisé par de la lassitude, du découragement, de la faiblesse, de l'anxiété » (NDLR : définitions du Petit Robert, 2007).
Eh oui, les deux peuvent être liés. Le manque de soleil joue sur le moral. « Nous avons besoin de lumière ! », clament en ch?ur les spécialistes. « Les études montrent que 15 à 30 % des Occidentaux souffrent plus ou moins fortement du syndrome de dépression saisonnière. On estime que la moitié de la population est sensible au temps qu'il fait », explique le biométéorologiste Jean-Claude Cohen, auteur de « Météo et santé » (Le Cherche Midi, 206 p., 12 ?).
Cela se soigne-t-il, docteur ? On connaît le remède de la photothérapie, qui consiste en une exposition du déprimé pendant une quinzaine de jours, à raison d'une à deux heures par jour, à une forte lumière, entre 2 500 et 10 0000 lux. « Ceux qui se plaignent, qui souffrent d'insatisfaction chronique, mettent toujours en avant le mauvais temps, mais cette raison arrive toujours après le patron ou les collègues. Au printemps, le vrai problème est chronobiologique. Avec le changement d'heure (deux heures de soleil en moins), l'horloge interne est chamboulée et les horaires de travail sont inadaptés », affirme Catherine Bardet, médecin à l'AHI 33, service de santé au travail. « Subjectivement, il est cependant démontré qu'on prend plus de plaisir et qu'on est plus motivé quand il fait beau », poursuit-elle. En ce mois d'avril, le moral des ménages serait dans les chaussettes trempées. Déjà, en janvier, février et mars, l'indicateur de synthèse de l'Insee, qui donne une idée du « ressenti » des Français sur leur situation personnelle, a battu les records à la baisse : -34, -35 et -36. Dans les raisons invoquées à ce pessimisme ambiant reviennent, comme des litanies, le pouvoir d'achat, la croissance en berne, les banlieues ghettos, la peur de devenir SDF (47 % des personnes, selon un sondage BVA), le chômage, la mondialisation libérale vécue comme une menace et, bien sûr, le réchauffement climatique.
De là à dire que c'est la faute à la grisaille du ciel, à la froidure du vent et au verglas, il n'y a qu'un pas franchi allègrement. La plus grande peur des Gaulois, c'est bien connu, était que le ciel ne leur tombât sur la tête. Ce coupable-là, on peut l'insulter, avec pour seul risque de repartie un bon gros tonnerre ou une pluie de grêlons.
Mais bon, tout compte fait, ce mois d'avril est-il si pourri que cela, alors qu'on nous annonce un ensoleillement inférieur de 30 % à la normale ? « Il est certain que, par comparaison avec le mois d'avril de l'an dernier, exceptionnellement beau, celui-ci peut sembler mauvais. Depuis une semaine, nous connaissons un épisode pluvieux qui traverse le Sud-Ouest, le Massif central et le Nord-Est. Si les températures ont été douces les cinq premiers jours du mois, elles ne sont plus très printanières. Et personne n'a oublié l'épisode neigeux qui a paralysé le Nord-Pas-de-Calais dans la nuit du 6 au 7 avril. Mais cela n'a rien d'exceptionnel. En Aquitaine, c'est généralement l'une des périodes les plus pluvieuses de l'année », explique la prévisionniste à Météo France Dominique Raspaud.
Besoin de douceur. Le problème est qu'il n'y a pas d'installation durable de la douceur. Tout le monde l'appelle de ses v?ux en oubliant un peu vite que février a connu un ensoleillement remarquable. Mais, face au temps, l'homme est égoïste. Alors, à quand un peu de farniente ? « Il devrait faire beau en fin de semaine prochaine. C'est une tendance qui reste à confirmer », prédit Dominique Raspaud. En attendant, restez bien au chaud. Et si vous devez passer le bac, voilà une occasion unique de bien réviser.
« Il est démontré qu'on prend plus de plaisir et qu'on est plus motivé au travail quand il fait beau »
http://www.sudouest.com/200408/une.asp?Article=200408aP2289164.xml